Au moment de sa prise de fonctions fin octobre, Marc Lièvremont avouait une certaine appréhension quant à l'aspect purement médiatique de son rôle de sélectionneur, le voilà désormais prévenu: les secrets les mieux gardés franchissent visiblement les murs de son bureau. Prévue le 22 janvier prochain en même temps que celle, très attendue, de la liste des joueurs convoqués pour l'ouverture du Tournoi des VI Nations, l'annonce de l'identité du nouveau capitaine de l'équipe de France a donc été anticipée par Midi Olympique et L'Equipe qui, ce vendredi, se sont "marqués à la culotte" pour dévoiler que Lionel Nallet succédait à Raphaël Ibanez.
Des langues bien pendues se sont donc déliées avant l'heure dans l'entourage du XV de France, coupant l'herbe sous le pied du nouveau sélectionneur qui aurait sans doute préféré conserver le secret jusqu'au 22. Au lieu de quoi il ne fera que l'entériner dans dix jours, offrant donc à Lionel Nallet une promotion somme toute assez inattendue puisque le nom du Castrais n'était pas forcément le plus souvent cité dans la liste des successeurs potentiels de Raphaël Ibanez, parmi lesquels figuraient notamment Jean-Baptiste Elissalde, Yannick Jauzion ou Jérôme Thion.
D'autant que la veille de cette annonce, au moment d'expliquer devant la presse les raisons de sa retraite internationale, le désormais ancien porteur du brassard, Raphaël Ibanez, avait clairement mis en avant son âge, jugé rédhibitoire par Marc Lièvremont. "Marc souhaite s'engager sur quatre ans avec une équipe jeune qu'il veut construire et s'inscrire dans le projet de la Coupe du monde 2011. C'est un option tout à fait respectable, que je comprends", avait ainsi déclaré le talonneur des Wasps. Et si ce dernier, âgé de 34 ans, rend trois ans à Lionel Nallet, né le 14 septembre 1976, on ne peut pas vraiment dire que le deuxième ligne du CO répond à ce critère d'"équipe jeune" mis en avant par le sélectionneur, d'autant qu'il aura 35 ans dans quatre ans lors de la prochaine Coupe du monde, un âge tout de même assez avancé pour rester au plus haut niveau à un poste très exposé.
CHABAL privé de tournoi ?
Mais visiblement, Marc Lièvremont, qui s'expliquera en temps voulu sur ce choix, a décidé d'offrir une sorte de revanche à Lionel Nallet qui, lors de la dernière Coupe du monde, a beaucoup rongé son frein sur le banc. Bernard Laporte lui a en effet préféré pour les «gros matches» Fabien Pelous (le dernier deuxième ligne en date capitaine des Bleus, ndlr), Jérôme Thion et Sébastien Chabal, ne le titularisant que lors des matches de «seconde zone» face à la Namibie et la Géorgie, puis pour la consolante contre l'Argentine.
Cette Coupe du monde aura donc sans doute laissé un goût prononcé d'inachevé à l'ancien deuxième ligne de Bourgoin, d'autant que, de l'avis de nombreux observateurs, il méritait sans doute mieux qu'une place de remplaçant de luxe. Ses sorties réussies face à la Namibie (deux essais) et la Géorgie (un essai) avaient d'ailleurs largement plaidé en sa faveur. Le voilà désormais double capitaine, puisqu'il occupe également ce rôle à Castres, ce qui veut aussi signifier que Lionel Nallet, injoignable vendredi matin, est assuré d'être cette fois-ci titulaire en deuxième ligne dès le premier match du Tournoi le 3 février en Ecosse.
Au jeu des chaises musicales, qui fera les frais de la promotion du nouveau chef de troupe des Bleus? D'après la rumeur, qui fonctionne à plein, alimentée par quelques «gorges profondes» bien informées, Sébastien Chabal serait gentiment prié de rester bien au chaud en Angleterre pendant le Tournoi...